Les réseaux sociaux et la liberté d’expression

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Par Philippe David

Quand le polémiste Alex Jones s’est fait bannir de quatre différent médias sociaux simultanément, j’étais en plein milieu de l’opération migration de ce site vers un nouveau serveur, donc j’étais en même temps trop occupé pour vraiment y réfléchir ou commenter sur la question et Contrepoids n’était pas opérationnel non-plus. Maintenant que j’ai remis le site sur pied, j’ai pu prendre le temps de réfléchir à la question.

Pour commencer, je dois spécifier d’emblée que les garanties constitutionnelles sur la liberté d’expression, que ce soit au Canada ou aux États-Unis, ne s’appliquent pas aux compagnies privées qui sont parfaitement libres d’établir toutes les règles qu’elles veulent sur leur propriété et c’est parfaitement bien comme ça. Ainsi un compagnie privée devrait pouvoir, peu importe la raison, refuser ses services à n’importe qui. Elle n’a aucune obligation de servir qui que ce soit, mais il y a un hic. Quand on commence à refuser le service aux gens, il y a un prix à payer et c’est que peut-être on va perdre de la clientèle.

Money talks…

Une entreprise privée n’a qu’une seule raison d’exister: maximiser la valeur aux actionnaires et pour ce faire, elle doit réaliser un profit. À moins d’être gavé de subventions gouvernementales (tousse Bombardier tousse), la plupart des entreprises dépendent de leur clientèle et dans le cas des médias sociaux, ce sont surtout ceux qui achètent de la publicité sur leur site puisque l’accès est gratuit aux utilisateurs. Cependant, les utilisateurs ont quand même un poids dans la balance puisque sans eux, pourquoi faire de la pub? Les réseaux sociaux dépendent donc en grande partie de la circulation sur leur site pour attirer les annonceurs. Quel sera l’impact s’ils chassent un producteur de contenu de leur plateforme qui a des millions d’abonnés? Parce qu’inévitablement, il y en aura un. Peut-être que ces millions d’abonnés iront ailleurs et, soyez sans crainte, des alternatives existent.

Les apparences comptent…

Selon les apparences, il existe déjà une théorie selon laquelle les médias sociaux sont vendus à la gauche et qu’ils exécutent une purge parmi les producteur de contenu qui tendent vers la droit. Le nombre de commentateurs conservateurs et libertariens qui ont été suspendus de leur comptes ou bannis tend à donner crédence à cette théorie. Si c’est vraiment le cas que les «Bigs Tech» s’appliquent à évacuer les les créateurs de droite, ce n’est pas nécessairement dans leur intérêt. Même que je leur déconseille fortement de ne pas s’engager dans cette voie.

D’une part, les républicains seraient tentés d’intervenir pour réglementer ces compagnies et je suis personnellement très averse à cette possibilité. Toute intervention gouvernementale ne sera pas nécessairement à l’avantage des «Big Tech» non-plus. De l’autre, les créateurs de contenu sur Youtube en particulier sont assez massivement de centre-droite ou légèrement de centre-gauche. Je pense à des gens comme Dave Rubin, Tim Pool, Sargon of Akkad (Un libéral de centre-gauche mais déjà banni de Twitter) ou même Jordan Peterson qui est en réalité un libéral classique d’extrême-centre, malgré ce qu’on en dit et qui a été suspendu pendant plusieurs jours sur Youtube. Ces créateurs ont des audiences de taille. Pourquoi ceux de centre ou de centre-gauche devraient être inquiétés? Parce que de nos jours, si on se situe le moindrement à droite de Mao, on est étiqueté de droite et si par hasard vous êtes critique le moindrement des politiques de multiculturalisme et d’immigration, vous êtes de facto un méchant nazi d’extrême-droite, même si vous êtes extrêmement modéré dans vos propos. Tim Pool est un bon exemple. Il est un libéral de centre-gauche (ou libertarien de gauche, si vous préférez), mais parce qu’il a fait un reportage sur des zones d’exclusion islamiques (no-go zones) en Suède, il a été étiqueté d’extrême-droite par le Southern Poverty Law Center (S.P.L.C.). Le SPLC c’est excusé finalement et a retiré cette étiquette, mais ça a quand même entaché sa réputation. Juste pour dire qu’il est extrêmement facile d’être étiqueté comme un méchant nazi de nos jours.

Toujours est-il que ces créateurs ont de très larges audience et si les «Big Tech» commencent à les chasser systématiquement de leurs plateformes, il y aura certainement une réaction de leurs nombreux abonnés. Grand nombre de ces créateurs on déjà commencé à cultiver une présence sur des plateformes alternatives comme Gab, Minds, Steemit, Bitchute et Dtube. Chassez-les des gros réseaux sociaux et leurs audiences iront probablement les suivre sur ces plateformes et ils pourraient être suffisamment nombreux pour que ça fasse très mal aux gros joueurs.  Regardez ce qui est arrivé après le bannissement d’Alex Jones. Ce fût la ruée ver l’App d’Infowars sur Apple Store et Google play.

La police de la pensée

Ce n’est pas le rôle des plateformes de contenu comme les réseaux sociaux d’agir en tant que police de la pensée et c’est en fait une très mauvaise idée, en particulier si les politiques ne sont pas appliquées uniformément. Bannir des créateurs et des utilisateurs pour quelque chose d’aussi fumeux et mal défini que le terme «discours haineux» va finir par se retourner contre ceux qui applaudissent présentement le bannissement de gens comme Alex Jones. Sans compter que la quantité aussi massive des utilisateurs de ces plateformes rend la tâche de policer le discours impossible à appliquer dans la réalité. Le problème finalement est que quand on a un terme mal défini comme «discours haineux», ceux qui finiront par le définir seront probablement les derniers à qui on devrait confier la tâche de le définir et ça ne sera définitivement pas une bonne nouvelle pour ceux qui ont soif de liberté.

Philippe David

Technicien en informatique et Éditeur de Contrepoids à temps perdu, il a souvent été décrit comme une encyclopédie ambulante par son entourage. Grand défenseur le la liberté sous toutes ses formes et particulièrement de la liberté d'expression.

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