Au royaume des gras-dur de l’État

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Par Philippe David

Récemment, je suis tombé sur ce joli petit graphique de l’IEDM qui compare les salaires à la SAQ à la moyenne de l’industrie de la vente au détail, juste pour illustrer à quel point les employés de la SAQ se plaignent le ventre plein. Les grèves dans les monopoles gouvernementaux ont toujours un petit quelque chose d’indécent.

C’est tannant…

C’est tannant parce qu’effectivement, jamais personne dans cette industrie ne pourra aspirer à avoir des conditions de travail équivalentes. Pourquoi? Parce que les autre n’ont pas le pouvoir de tenir la population en otage, voilà!

Des véritables «gras-durs»

Vous n’avez pas remarqué les fermetures de grands magasins dernièrement? Le commerce au détail est une industrie extrêmement compétitive. Même les plus grands en arrachent. J’en sais quelque chose. J’ai travaillé pendant 13 ans pour Radio Shack. Une chaîne de magasins d’électronique autrefois très populaire. Aujourd’hui, elle existe sous la marque «La Source par Circuit City» parce que la marque Radio Shack qui a subsisté pendant plus de 30 ans et qui a, à son apogée compté plus de 5000 magasins aux États-Unis, au Canada, en Australie et en Europe a été rayée de la carte!  Les opérations canadiennes de Radio Shack ont été rachetées par Circuit City, qui a fait faillite à son tour, et ensuite par Bell Canada. J’ai travaillé pour eux  d’abord comme vendeur et ensuite comme gérant et même en tant que gérant de magasin, je ne faisais rien qui approchait le taux horaire des employés de la SAQ. Les seuls gérants qui gagnaient plus que les employés à temps-plein de la SAQ étaient ceux qui géraient les magasins dans les plus gros mails comme le Carrefour Laval avec des chiffres d’affaires d’un million ou plus et sans les avantages sociaux dont jouissent les employés de la SAQ. Il y a aussi  qu’un gérant chez Radio Shack, de mon époque, travaillait typiquement 60-70 heures par semaine et il fallait vendre sur le plancher en plus de gérer la boutique.  Ceci, juste pour illustrer les conditions de travail dans cette industrie.

Juste pour vous donner une petite idée, juste pour gagner l’équivalent du sailaire annuel d’un conseiller en vins de la SAQ qui gagne le salaire maximum à 35 heures par semaine ($50559), chez Radio Shack, il fallait être le gérant d’une boutique à $900 000 par annéede chiffre d’affaire avec 5 ou 6 vendeurs et $500 000 d’inventaire et travailler minimum 60 heures par semaine. Oubliez les simples vendeurs, même avec les commissions et les bonis, 99% n’arrivaient même pas proche de ce genre de salaire. Il y en a eu peut-être un ou deux qui ont réussi pendant les 13 années que j’ai travaillé là. Par contraste, le conseiller en vin n’à qu’a placer le stock sur les tablettes et répondre aux questions occasionnelles de clients. Il n’a même pas à vendre quoique ce soit. Alors quand l’IEDM dit que les autres travailleurs du commerce au détail ne peuvent que rêver du salaire des employés de la SAQ, c’est pas juste des paroles en l’air!

«Ouin, ben ils ont juste à se syndiquer eux aussi!»

De dire les ignorants… Il y en a qui sont syndiqués dans le commerce au détail. Les employés de Sears étaient syndiqués, ceux d’Eaton aussi et ils gagnaient effectivement plus que les employés de Radio Shack… Jusqu’à ce qu’ils se retrouvent au chômage.  Et ils auront fort à faire pour trouver d’autres magasins qui leur paieront le même salaire. Il y en a de moins en moins. Mais même les employés de Sears ne gagnaient pas autant que les employés de la SAQ. C’est pas le fait d’être syndiqués qui fait que ces travailleurs sont gras-dur comparés à la masse des travailleurs du commerce au détail, c’est le fait que la SAQ est un monopole et que grâce à ça, ils ont, comme tous les employés du secteur public et para-public, le pouvoir de prendre la population en otage quand vient le temps de se négocier un salaire et des avantages sociaux. Si les employés de Radio Shack avaient été syndiqués, faire la grève aurait tout simplement envoyé les clients chez Best Buy ou Walmart (où ils l’auraient probablement trouvé moins cher, probablement) et Radio Shack aurait probablement fait faillite éventuellement comme Sears et Eaton. S’ils sont encore là, même si c’est sous un autre nom, c’est justement parce qu’ils ont réussi à maintenir une certaine compétitivité (les opérations canadiennes de Radio Shack ont toujours été profitables), en gardant le contrôle des coûts de main d’oeuvre. Le syndicalisme, c’est mortel quand on est soumis à la discipline de marché. Ça ne s’applique pas, cependant à un monopole comme la SAQ. Ce n’est pas surprenant qu’on paie $10 pour une bouteille de piquette qui se vent $5 au sud de la frontière. La SAQ n’a pas à se soucier de la concurrence.

Et devinez quoi? Ce sera la même chose pour la Société Québécoise du Cannabis. Je prédis que la contrebande de cannabis n’arrêtera pas de sitôt, parce que le gouvernement, en légalisant le cannabis et en en faisant un monopole comme celui de l’alcool, plutôt que de laisser la vente au libre-marché, a assuré que le pusher du coin aura toujours de la clientèle parce que le cannabis sera probablement hors de prix dans le nouveau monopole, par rapport au marché noir, qui sera probablement encore capable de fonctionner, puisque la prohibition n’a jamais fonctionné.

«Ouin ben, les employés de la SAQ travaillent juste à temps partiel»

Encore une fois de dire les ignorants. De un, c’est faux de dire que les employés de la SAQ travaillent tous à temps partiel. La SAQ est ouverte jusqu’à 21h tous les soir sauf aux weekends dans bien des cas. Oui, ils ont besoins d’employés à temps partiel pour couvrir les heures de soirée et des weekends, mais ils ont aussi besoin d’employés à temps plein pour couvrir les jours de semaines que les temps-partiels typiques comme les étudiants ne peuvent pas travailler. Puis, avec le taux horaire qu’ils ont, ils n’ont pas à travailler beaucoup d’heures pour faire l’équivalent de ce qu’un employé moyen dans le secteur du détail gagne en 40 heures.  La moyenne des salaires à la SAQ se situe probablement autour de 23-24$, c’est 50% plus élevé que la moyenne de l’industrie. Ce qu’un employé de la vente au détail gagne à temps plein, l’employé de la SAQ le fait en environ 26 heures.

Vivre grassement sur le dos des consommateurs

Comme je le disais, c’est pas pour rien qu’au Québec, on est forcés de payer $10 ou plus pour une bouteille de piquette que nos voisins paient beaucoup moins cher. Les salaires faramineux de la SAQ, sans même parler des avantages sociaux plus généreux, (et on ne parle pas non-plus des salaires des cadres encore plus généreux) ce sont évidemment les consommateurs québécois qui les paient. Vivement qu’on en finisse avec ces foutus monopoles! J’ignore ce que vous en pensez, mais j’en suis irrité au plus haut point!

Philippe David

Technicien en informatique et Éditeur de Contrepoids à temps perdu, il a souvent été décrit comme une encyclopédie ambulante par son entourage. Grand défenseur le la liberté sous toutes ses formes et particulièrement de la liberté d'expression.

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