À propos du voile islamique

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Par Philippe David

Avec l’élection de la CAQ, la question de la laïcité de l’état est à nouveau à l’ordre du jour. Dans un futur rapproché, on s’attend qu’un projet de loi soit déposé par le gouvernement afin d’interdire les symboles religieux ostentatoires aux employés de l’état en position d’autorité. Ce projet de loi n’a pas encore été déposé qu’il suscite déjà la controverse. Quelle surprise.  Bien sûr, on a beau dire que le projet de loi visera tous les symboles religieux et non ceux d’une religion particulière mais c’est un secret de polichinelle qu’en réalité, on se soucie peu de fonctionnaires qui porteraient un petit crucifix ou une kippa. C’est plutôt de femmes voilées dont il s’agit et c’est certainement de celles-ci qu’on peut s’attendre à une certaine résistance. Bien entendu, par principe, le gouvernement ne peut pas cibler un groupe particulier, donc s’il veut proscrire un symbole religieux, il doit tous les proscrire. À mon humble avis, ce projet de loi est inutile et redondant si le but est de proscrire le voile et il ouvre toute une boite de Pandore à d’autres niveaux. Je m’explique.

Le voile est-il un symbole religieux?

Depuis qu’il a commencé à faire apparition dans la sphère publique au Québec, on ne cesse de tenter de le banaliser. On veut bien le considérer comme un symbole religieux, mais pourtant, ce ne sont pas toutes les musulmanes qui le portent. En fait, c’est plutôt le contraire. Très peu de musulmanes portent le hidjab, encore moins le niqab ou la burqa. On insiste par ailleurs qu’il ne s’agit que d’un bout de tissus et que donc, les femmes qui le portent le font volontairement de leur plein gré. Si c’est le cas où est le problème de le proscrire pour les employés de l’état en position d’autorité puisqu’il est sans signification particulière à celle qui le porte? Pourquoi y a-t-il une levée de boucliers? Si, en revanche, elles le portent par conviction, de quelle(s) conviction(s) s’agit-il? Celles qui défendent le port du voile sont plutôt muettes sur ce point, ou du moins, elles évitent, religieusement, si j’ose dire, d’être trop spécifiques.

Est-ce par pudeur? Si c’est le cas, pourquoi le ferait-on porter par des fillettes pré-pubères? À moins de vouloir admettre que leur corps puisse être, à cet âge, l’objet de luxure et de désir, elles n’ont aucun besoin d’être excessivement modestes. Peut-on aussi parler aussi de libre-choix  lorsqu’elles sont si jeunes, ou plutôt d’endoctrinement? Considérant aussi qu’on voit plusieurs femmes musulmanes portant le hidjab avec des jeans et des vêtements moulants, l’argument de la pudeur m’apparaît plutôt boiteux.

Est-ce par pure conviction religieuse? Dans ce cas, pourquoi est-il le fait d’un si faible nombre? Ces femmes musulmanes qui refusent de se voiler sont-elles si peu dévotes? Sont-elles toutes des apostates? À moins que ce ne soit plutôt le fait de fanatiques? Si c’était le cas, voudrait-on, en tant que société, avoir des fanatiques dans des positions d’autorité de la seule institution ayant le droit légal d’utiliser la force?

Reste un autre type de conviction qui pourrait être la motivation de ces femmes. Ne serait-ce pas plutôt par conviction politique?

La différence entre «islam» et «islamisme»

Avant de m’avancer dans le champ de mine de ce que représente le voile, il importe de faire une importante distinction entre l’islam (la religion) et l’islamisme. Une des personnes les mieux qualifiées au Canada pour nous renseigner de ce sujet est le Dr Salim Mansur. Le Dr Mansur est un musulman dévot, immigré de l’Inde. Pourtant, il est aussi critique de sa religion et de son instrumentalisation. Il définit l’islamisme comme suit:

«L’islamisme est – du point de vue d’une personne née et élevée au sein de la grande majorité de l’islam sunnite – une idéologie fasciste et totalitaire en impulsion et en action, se faisant passer pour une religion. Les partisans, les défenseurs, les militants et les apologistes de l’islamisme, quelles que soient les apparences que ces islamistes revêtent en public, sont engagés dans le type de politique radicale que l’Occident a connue dans les premières décennies du XXe siècle avec la montée du communisme, du fascisme Nazisme.

L’islamisme est une affaire de pouvoir: les islamistes sont obsédés par le pouvoir au point qu’une telle obsession devient une pathologie. La mission politique des islamistes est d’établir un État basé sur la charia, idéalisé comme la seule expression vraie et authentique de l’islam. Abul A’la Maududi, fondateur de Jamaat-i-Islami en Asie du Sud, a été catégorique quant à son islamisme. Maududi a insisté sur le fait que l’Islam était un système politique complet et cohérent, que l’on pourrait qualifier de « royaume de Dieu » ou de « théo-démocratie » – sans aucun lien avec l’idée de démocratie telle qu’elle est comprise en Occident. Le Jamaat a pour objectif de former et de préparer un groupe de musulmans islamistes à acquérir ou à s’emparer du pouvoir politique et à créer un État totalitaire. « Dans un tel état », écrit Maududi, « personne ne peut considérer aucun domaine de ses affaires comme personnel et privé. Considéré sous cet aspect, l’État islamique présente une sorte de ressemblance avec les États fascistes et communistes ».» – « Islam and Islamism«

L’islamisme ce n’est pas l’islam, malgré ce qu’en disent ses militants. L’islamisme est plutôt une théorie politique qui vise l’établissement d’une théocratie islamique totalitaire. Ce but est avoué non-seulement par Maududi, mais aussi par le fondateur des Frères Musulmans, Hasan al-Banna et son principal idéologue, Syed Qutb. Les islamistes basent leur idéologie sur une interprétation intégriste du Coran et des Hadiths prônée par les sectes wahhabites et salafistes.

De fait, il existe trois types de musulmans. Il y a les musulmans ordinaires qui ne cherchent qu’à vivre leur vie et leur foi paisiblement. Ce groupe forme la majorité des musulmans. Le deuxième ce sont les islamistes, une minorité, mais très bruyante. S’il peut être dit que peu de musulmans sont effectivement des islamistes et encore moins des djihadistes, virtuellement 100% des activistes et lobbyistes musulmans font probablement partie de ce groupe, ainsi qu’un grand nombre de leurs imams. Le troisième groupe, très minoritaire, sont les réformistes qui cherchent  à sortir l’islam du VIIe siècle, où les islamistes veulent le maintenir. C’est dans se groupe que vous trouverez des gens comme Salim Mansur, Tarek Fatah, Irshad Manji, Djemila Benhabib, Maajid Nawaz et Ayaan Hirsi Ali entre autres. Depuis plusieurs années, ces gens tentent de nous prévenir des dangers de laisser libre-cours aux islamistes

Le voile est un symbole politique

L’agenda islamiste consiste à banaliser le voile et la charia de façon à éventuellement «islamiser» la société. Dans les années 1950-60, si vous aviez fait le tour de la plupart des pays du Moyen Orient et d’Afrique du Nord, vous auriez eu à chercher fort pour trouver des femmes voilées. Pourtant, de nos jours, on n’y voit que ça et les femmes qui osent refuser de le porter le font au péril de leur vie.

Ça commence graduellement. Au début c’est quelques femmes en hidjab. Puis apparaissent les niqabs et les burqas et finalement, on se retrouve comme on voit maintenant dans plusieurs endroits d’Europe avec des ghettos où peu de femmes osent circuler sans être couvertes de la tête aux pieds et accompagnées d’un membre mâle de leur famille.

Au Québec, nous n’en sommes pas encore rendus là, mais si vous habitez dans le grand Montréal, vous aurez probablement constaté une progression. Avant l’an 2000, rare étaient les occasions ou je croisais une femme portant le hidjab où que ce soit et j’habitais pourtant à Ville Saint-Laurent, un des coins les plus multiculturels de l’île de Montréal à l’époque, et jamais je n’avais vu de femmes en niqab ou en burqa. Lors de la fameuse controverse des accommodements raisonnables, on commençait à croiser beaucoup plus de femmes en hidjab, mais celles en niqab ou en burqa étaient encore rarissimes. De nos jour, les hidjabs sont de plus en plus fréquents et on a commencé à rencontrer des niqabs et des burqas.

Ayaan Hirsi Ali, qui adolescente a milité pour les Frères Musulmans, considère la burqa comme un étendard de l’état Islamique. «C’est comme porter une grosse swastika» dit-elle. Que diriez-vous d’une enseignante ou d’une policière arborant une swastika? Que c’est juste un autre bout de tissus?

«Le voile marque délibérément les femmes comme des propriétés privées et restreintes, des non-personnes. Le voile distingue les femmes des hommes et du monde; il les retient, les enferme, les prépare à la docilité. Un esprit peut être resserré comme un corps , et un voile musulman clignotant à la fois votre vision et votre destin. C’est la marque d’une sorte d’apartheid, pas la domination d’une race mais d’un sexe. » ~ Ayaan Hirsi Ali,  “Nomad: From Islam to America: A Personal Journey Through the Clash of Civilizations”, p.16, Simon and Schuster

Djemila Benhabib abondait dans le même sens dans un discours en 2010:

«Le voile islamique est souvent présenté comme faisant partie de « l’identité collective musulmane ». Or, il n’en est rien. Il est l’emblème de l’intégrisme musulman partout dans le monde. S’il a une connotation particulière, elle est plutôt politique surtout avec l’avènement de la révolution islamique en Iran en 1979. »

Non, le voile n’est pas un symbole religieux, il est une emblème qui crie haut et fort «Je ne suis pas comme vous, je suis meilleure que vous et je rejette vos valeurs». Il est aussi le symbole de l’oppression des femmes partout dans le monde musulman et qui commence à pénétrer en Occident. Sa banalisation et son acceptation en Occident condamnera toujours plus de femmes à la servitude. Pour ces raisons, du point de vue intellectuel et social,  nous devrions le rejeter autant que la swastika ou le marteau et la faucille.

Naturellement, le fond du problème  est bien qu’il existe un état qui permet à certaines personnes de jouir d’une autorité sur leurs semblables. Les idéologues n’ayant que très peu de pouvoir sans les fusils de l’état. C’est donc à sa réduction et son éventuelle disparition qu’on devrait réfléchir.

 

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Philippe David

Technicien en informatique et Éditeur de Contrepoids à temps perdu, il a souvent été décrit comme une encyclopédie ambulante par son entourage. Grand défenseur le la liberté sous toutes ses formes et particulièrement de la liberté d'expression.

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