La France va déployer le réseau 5G sans précipitation, avec une mise aux enchères prévue pour fin septembre

L’Arcep, le régulateur français des télécommunications, a fixé à fin septembre la date des enchères pour l’attribution de onze créneaux de 10 MHz dans la bande de 3,4 GHz aux opérateurs intéressés, en plus de l’attribution d’un bloc de 50 MHz de spectre à chacun des quatre opérateurs dont les demandes ont été approuvées, contre le paiement de 350 millions d’euros par bloc. Au final, l’autorité de régulation a assoupli les conditions de déploiement du réseau commercial 5G en France et a allongé le calendrier. La priorité est maintenant d’avoir une couverture maximale en 4G et 4G+ sur l’ensemble du territoire, alors que les opérateurs ne voient pas d’urgence à déployer des services 5G étendus en France. Pour l’instant, l’Arcep reste silencieuse sur l’épineuse question de l’installation des équipements Huawei dans le réseau 5G des opérateurs qui en ont fait la demande et elle sera probablement plus précise avant le début des enchères.Antenne 5g Telecom

L’octroi de licences pour un total de 310 MHz de spectre dans les bandes de fréquences 3,4-3,8 GHz, considérées comme les meilleures pour la 5G en Europe, débutera entre le 20 et le 30 septembre. Quatre opérateurs (Orange, SFR, Free Mobile et Bouygues Telecom) ont déjà reçu l’autorisation d’obtenir une tranche de 50 MHz de spectre chacun, à un prix fixe de 350 millions d’euros. Onze blocs supplémentaires de 10 MHz seront mis aux enchères au plus offrant, aucun opérateur ne disposant de plus de 100 MHz au total. L’État français espère tirer au moins 2,17 milliards d’euros au total de ces licences pour les services 5G, qui seront accordées pour 15 ans.

La vente aux enchères devait avoir lieu à la mi-avril, mais elle a été reportée en raison du coronavirus, comme cela s’est également produit en Espagne pour la bande 700 MHz, et dans d’autres pays européens. Le 2 avril dernier, l’Arcep a annoncé que Bouygues Telecom, Free Mobile, Orange et SFR avaient été autorisés à participer à la demande de licences 5G. Les plans du secteur soumis par Orange et Free Mobile ont été approuvés, tandis que les plans soumis par Bouygues Telecom et Free Mobile, les deux opérateurs qui prévoient l’installation d’équipements Huawei, ont été clarifiés par l’Arcep.

L’organisme de régulation avait deux mois pour approuver la proposition des opérateurs et, si elle n’était pas reçue, elle était considérée comme rejetée, mais la demande d’informations complémentaires de l’Arcep a arrêté le délai de réponse, sans qu’une nouvelle date soit fixée. Cela signifie qu’Orange et Free Mobile ont pu préparer depuis le mois d’avril le plan pour aller à la vente aux enchères, quand elle allait avoir lieu, parce qu’ils l’avaient entièrement approuvé, alors que les deux autres opérateurs ne savent toujours pas s’ils pourront réaliser leur plan pour installer une partie de l’équipement avec Huawei. Free Mobile et surtout Bouygues Telecom estiment qu’ils ne pourront pas assister à la vente aux enchères à des conditions égales, car leur proposition n’a été ni approuvée ni rejetée. Il se pourrait qu’en fin de compte, ils ne soient pas autorisés à mettre du matériel Huawei, sans avoir suffisamment de temps pour élaborer un autre plan et les coûts associés.

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Bouygues tente de retarder les enchères

Martin Bouygues, le principal propriétaire de l’opérateur qui porte son nom, a déjà tenté de retarder les enchères avec un article publié dans Le Figaro à la fin du mois de mai et, le 10 juin, il a profité d’une intervention précédemment prévue devant le Congrès et le Sénat pour reconnaître que le gouvernement avait le droit de l’ignorer et de ne pas retarder l’attribution des fréquences 5G jusqu’au début de l’année prochaine, comme il l’avait demandé. Mais, a-t-il dit aux parlementaires, le gouvernement “devait assumer les conséquences de sa décision” et ne pouvait pas interdire à son entreprise de continuer à installer du matériel Huawei comme elle l’a fait jusqu’à présent. En tout état de cause, l’Arcep a fixé la date de la vente aux enchères au 11 juin.

“Le nouveau calendrier donnera à l’Arcep et aux quatre candidats le temps de faire les préparatifs physiques pour la vente aux enchères”, a déclaré le régulateur dans un communiqué. La vente aux enchères principale sera suivie d’une vente aux enchères de positionnement en octobre pour déterminer les groupes spécifiques des candidats gagnants. Les licences seront ensuite attribuées avec les bandes respectives, ce qui devrait avoir lieu en octobre ou novembre. Il n’y a plus d’obligation de lancer un réseau commercial 5G dans au moins deux villes françaises avant la fin de l’année, comme indiqué dans l’appel d’offres initial.

Tout indique qu’une solution Solomonic a finalement été choisie et que les délais d’introduction des réseaux commerciaux 5G en France ont été assouplis. En même temps, comme pour la pandémie, il y a eu un besoin urgent d’étendre la couverture des réseaux 4G et 4G amélioré (4G+) dans de nombreuses parties du territoire français qui sont maintenant dans le noir et aussi de poser plus de fibre optique dans les zones essentiellement rurales, il semblerait que la 4G sera favorisée par rapport à la 5G dans les années à venir, avec l’autorisation tacite de l’État.

Le plan de lancement de la 5G en France, selon les conditions d’enchères fixées par l’Arcep, prévoit que “le déploiement commercial du réseau 5G se fera progressivement au cours des prochaines années” et sera réalisé “à l’initiative des opérateurs”. Il y aura deux contrôles approfondis, en 2023 et 2028, pour s’assurer que les obligations des licences ont été respectées, notamment en ce qui concerne la couverture et la qualité du service.

Orange déploie la 5G sans se précipiter

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Dans une interview publiée hier dans Les Echos, Stéphane Richard, le PDG d’Orange, a déclaré que “nous allons déployer le réseau 5G à un bon rythme, mais sans nous précipiter ; il faudra faire les calculs correctement”. Ce qui est certain, ajoute-t-il, “c’est que nous serons parmi les premiers à avoir la 5G car, contrairement aux autres, nous y croyons”. Et il souligne que “dans l’orange, 5G est 5G et non un 4G amélioré”. A cet égard, il souligne que “aux Etats-Unis, la 5G a été lancée mais dans certains cas, c’est la 4G+”.

Orange, dit Richard, fera très attention à ce que certains opérateurs ne soient pas avantagés par rapport à d’autres, comme cela s’est produit, rappelle-t-il, avec Bouygues Telecom, lorsque l’Arcep l’a autorisé à réutiliser les fréquences 3G pour la 4G. Ou, récemment, quand SFR a été vu en train de dire qu’il avait de la fibre alors qu’en fait c’était du câble, ajoute-t-il. Le déploiement effectif de la 5G en France devra également être compatible avec l’intérêt de l’Arcep pour un plus grand déploiement de la 4G dans les zones rurales peu peuplées et la garantie de disponibilité de la 4G+ (qui porte la capacité à 240 mégabits par seconde, soit quatre fois l’obligation actuelle) dans chaque région française.

Concrètement, selon l’initiative New Deal for Mobile, que Martin Bouyghes a voulu renégocier en échange d’un report de la 5G, les opérateurs doivent avoir un minimum de 75% de leurs stations de radio avec la 4G+ d’ici la fin 2022. L’Arcep a demandé aux opérateurs de faire plus d’efforts pour augmenter la couverture 4G+ en France, “surtout maintenant que la feuille de route des investissements 5G a été retardée”. À cet égard, Richard accepte de mettre des antennes supplémentaires, mais “trouve discutable de changer les règles du jeu à mi-chemin”. Et il préconise de discuter du calendrier avec l’Arcep.

Concernant le montant des licences 5G, le PDG d’Orange reconnaît dans l’interview “qu’ils auraient préféré qu’il soit moins élevé”, bien qu’il souligne que demander une baisse des prix alors que les télécommunications ont été peu touchées par la crise actuelle par rapport aux autres secteurs n’est pas acceptable. Cependant, il ajoute que “s’il faut toucher à quelque chose, le rythme du déploiement de la 5G devrait être ralenti”. En fin de compte, il semble que tout le monde soit d’accord avec l’approche de Martin Bouyghes, du moins que la 5G n’est pas une question très urgente et qu’il existe d’autres questions tout aussi importantes dans le secteur des télécommunications mobiles.

Orange, cependant, est l’opérateur dont la situation financière est la plus solide et qui est bien placé pour reprendre les meilleures bandes de fréquences 5G. Dans le journal Le Monde de samedi dernier, la caricature accompagnant l’information sur les enchères annoncées par l’Arcep montrait le représentant d’Orange assis confortablement avec une valise pleine d’argent et demandant au régulateur quand les enchères allaient commencer alors que Free attendait derrière avec une plus petite valise. Et, au pied de la montagne, Bouygues et SFR avaient du mal à se relever, car ils avaient une énorme balle Huawei attachée à leurs pieds.

Le cas Huawei 5G

Quant à laisser Huawei installer son matériel en France, Stéphane Richard reconnaît que sa société n’est pas concernée, car en janvier, le contrat de fourniture du matériel réseau a été signé avec Ericsson et Nokia, donc les prix ne seront pas modifiés quoi qu’il arrive. “Mais Huawei est un acteur essentiel pour toute l’industrie et nous l’utilisons pour installer ses équipements dans d’autres pays”, dit-il.

Orange, en revanche, se trouve dans une situation compliquée sur le marché espagnol, en raison d’une concurrence intense et de la baisse constante des tarifs et de la rentabilité de tous les opérateurs, aggravée par sa plus grande concentration sur les clients ayant un pouvoir d’achat moindre. Pour Orange, l’Espagne est le deuxième marché mobile après la France, suivie par la Pologne. En Espagne et en Pologne, on pense qu’Orange installera des équipements 5G de Huawei, comme elle le fait pour la 4G.

Jeudi dernier, il a été annoncé que Jean-François Fallacher, qui est actuellement à la tête d’Orange en Pologne, deviendra le chef de l’Espagne le 1er septembre, lorsque le chef actuel, Laurent Pallaissot, quittera Orange. Cette annonce coïncide avec l’annonce d’un remaniement majeur des postes de direction au sein de l’entreprise française, anciennement France Télécom, et d’une réorientation prévisible de son plan stratégique, Engage 2025. L’augmentation des coûts et la baisse du chiffre d’affaires, associées au Covid-19, rendent tous les opérateurs du secteur des télécommunications extrêmement mal à l’aise.